Reporter STANLEY GREENE plaies à vif 1994-2003

Publié le par Theophile



  Un photographe a assisté pendant plus de dix ans au calvaire du peuple tchétchène.
Un témoignage sur la Tchétchénie et ce qui pourrait bien être la dernière des guerres « classiques ». Une réflexion sur le métier de photographe, sur l'engagement et sur ce qui signifie « témoigner ». Un document qui interdit l'oubli, qui met en cause le crime de l'armée russe mais également notre indifférence... Plaie à vif, l'ouvrage dans lequel Stanley Greene a réuni ses dix années de travail en Tchétchénie, est tout cela à la fois.

« La réponse photographique de Stanley Greene, aboutie dans ce livre sur la Tchétchénie, réside d'abord dans la construction précise des images : identifier les victimes sous la forme de portraits isolés ou dans l'espace, les enrichir d'images visant à cerner les éléments d'une nation disparue - paysages disloqués, architecture meurtrie, murs délabrés, cadavres, objets, souvenirs, tombes, livres profanés...

Il n'y a pas la moindre facilité formelle, y compris dans le passage maîtrisé du noir et blanc à la couleur. Les images restent lisibles car leur association aux mots est essentielle. Greene donne aux textes et aux légendes une place centrale pour nommer, expliquer le contexte, situer le parcours de tel combattant tué. Et rappeler la mémoire du peuple tchétchène, déporté en masse par Staline en 1944. Parce qu'il sait que les images ont leur limite, qu'elles peuvent être ambiguës, qu'elles ne peuvent tout dire, Stanley Greene se nourrit d'informations, lit beaucoup, enregistre ses entretiens, accumule des notes pour nourrir son journal. » (extrait d’un article de Michel Guerrin, Le Monde, 31 octobre 2003)

« Plaie à vif est un livre qui ne respecte pas la chronologie. En cela, il dit bien que cette guerre ne finira peut-être jamais. Chaque jour, on y enlève des hommes dans la force de l'âge, on les torture, on vend leurs cadavres. Chaque jour, ce pays se dépeuple, perd son sang. Un génocide lent. Une horreur quotidienne, monotone dans sa terrifiante répétition, et quasi invisible puisque ce pays est interdit d'images non officielles. La Tchétchénie semble en passe d'être oubliée des dieux, mais elle résiste à l'oubli, à tout, ne désespère pas d'elle-même, malgré ses bandits, ses wahhabites. C'est cela que Stanley Greene photographie, en osmose : la résistance des taches, de celles qui ne s'effacent pas. » (extrait d’un article de Jean-Pierre Thibaudat, Libération, 17 janvier 2004)

« Mes photographies de ce conflit ne reposent pas sur la technique ou sur "l'art". Elles sont le fruit de mon instinct, de ma volonté de révéler les vérités cachées. Cette collection d'images n'est qu'un infime témoignage de l'immensité de la douleur provoquée par ce conflit et des vaines rivières de sang tchétchène et russe. Ma colère est totale. » (L'auteur)

Publié dans sos-tchetchenie

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