Aujourd'hui votre avis nous intéresse

Publié le par Theophile


Votre avis nous intéresse car il démasque chaque jour V.Poutine.  Bienvenue a vous sur ce blog qui fonctionne depuis plus de 10 mois.
  Vous avez un avis à nous donner
  Vous souhaitez suggérer un dossier , donner une opinion.

 

 CONTACTEZ NOUS    fredoo117@yahoo.fr

 

 


Saïd-Emin Ibraguimov, 60 ans, a le visage fatigué d’un homme de lutte qui a beaucoup perdu. Réfugié politique en France, cet ancien ministre des Communications tchétchène continue à se battre pour l’indépendance de son pays. Depuis le 1er août 2006, il se tient tous les jours, de 16 à 17h, devant le Conseil de l’Europe. Pour qu’enfin le Comité des ministres du Conseil de l’Europe cesse de parler « d’amélioration » à propos de la Tchétchénie. Et ce alors que Human Rights Watch, dans un rapport de novembre 2006, dénonce « l’usage systématique et répandu de la torture en Tchétchénie ». L’ONG accuse aussi bien les troupes fédérales que les forces du Premier ministre tchétchène pro-russe Ramzan Kadyrov. « Ce n’est pas une opération anti-terroriste, contrairement à ce que le gouvernement russe voudrait nous faire croire, martèle Saïd-Emin, mais une guerre contre le peuple tchétchène ». Entre les lettres ouvertes, les conférences, les marches pour la paix, Saïd-Emin fait des grèves de la faim. « C’est le seul moyen de faire avancer les choses », souligne-t-il. Il en compte huit à son actif dont trois à Strasbourg. Il vit seul dans un appartement prêté par la mairie. Lassée de son combat, sa femme a divorcé. En 2002, il fonde une association Paix et droits de l’Homme pour donner un cadre à ses actions.

Marches pour la paix
Dès la guerre de 1994, Saïd-Emin veut gagner l’Europe pour faire entendre la souffrance des Tchétchènes. Ayant atterri en Turquie, il obtient de la chaîne de télévision turque TGRT qu’elle diffuse pendant six mois l’hymne tchétchène dans ses émissions. Par deux fois les télévisions russes puis turques annoncent sa mort. Agressé par les services secrets russes, Saïd-Emin s’en sort grâce à ses dons d’ancien champion de boxe. Il organise alors une marche pour la paix qui fera le tour de la Turquie. En 1996, à la fin de la première guerre, Aslan Maskhadov, le président tchétchène, lui propose de s’occuper des affaires internationales dans son gouvernement. Saïd-Emin refuse : « Maskhadov était un ancien militaire, un homme de terrain. Il a vraiment voulu ramener la paix mais nous n’avions pas la même conception du problème. J’étais convaincu qu’il fallait inclure la communauté internationale dans la résolution du conflit. » En août 1999, l’aviation russe bombarde Grozny. Saïd-Emin et une centaine de personnes entament une autre marche pour la paix, censée rejoindre l’Europe. Commence alors une longue errance. Menacée au Daghestan par des militaires russes, revenue à Grozny, la marche se heurte ensuite à une frontière fermée entre l’Ossétie et la Turquie. « Aucun pays européen ne voulait nous donner l’autorisation de continuer la marche en Europe », souligne t-il. Saïd-Emin est arrêté et torturé en Georgie. Libéré, il rejoint la Turquie en 2001 et obtient enfin un visa pour la France. Pour lui seul. « Mon fils, ma fille et ma femme m’ont rejoint un an plus tard. »

Pression économique
Le 15 novembre, après six mois de présidence au Comité des ministres du Conseil de l’Europe, la Russie passe le relais à Saint-Marin. Récemment reçu par Thomas Hammarberg, le nouveau commissaire aux Droits de l’Homme, Saïd-Emin reste sceptique. « Même quand la Russie n’est pas à la tête, elle exerce une pression économique qui fait qu’aucune résolution n’est mise en œuvre », déplore-t-il. Assis dans un fauteuil déglingué de son appartement strasbourgeois, Saïd-Emin sort un livre dédicacé d’Anna Politkovskaïa, journaliste russe assassinée le 7 octobre dernier, qu’il a souvent rencontrée : « Elle était honnête et n’aurait jamais fait des choses contre sa conscience. » Ce soir, Saïd-Emin va retourner à son étude du droit international dont les incohérences l’agacent : d’un côté le droit des peuples à l’autodétermination, de l’autre, le droit à l’intégrité territoriale. « En fin de compte, soupire-t-il, c’est toujours le droit du plus fort qui profite de ces contradictions et qui triomphe. »


Antoine Krempf et Louise Feler
Strasbourg, France

Publié dans sos-tchetchenie

Commenter cet article