Enlèvements,torture, viols,meutres: récits

Publié le par Theophile

Témoignages de Tchétchènie


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Voici le témoignage de Salambek, 17 ans, fils de Jahita, réfugié tchétchène en Ingouchie.

"Vers 10 heures du matin, ils nous ont fait sortir de la maison, moi et mon père, à coups de crosse. Ils nous ont fait monter dans un camion Oural, à l'arrière, à genoux, les mains sur la nuque, tête baissée. Ils nous battaient à coups de pied. Et si l'on bougeait, à coups de crosse. Ils nous ont emmenés à l'écart du village, à 2 ou 3 kilomètres, dans l'atelier désaffecté de tracteurs. Dans le camion, je me suis senti mal. Ça amusait beaucoup les soldats russes. Ils se moquaient de moi. Quand nous sommes arrivés à la base de tracteurs, ils se sont mis à crier : "Les médecins ! Les médecins ! On a quelqu'un qui a besoin d'un médecin !" D'autres soldats sont venus me prendre. C'est un jeu entre eux. Ils ont des groupes différents. Il y a les "douaniers", les "bourreaux", les "médecins", etc. C'est comme un grand jeu. J'étais donc entre les mains des "médecins". Ils m'ont fait allonger par terre. Ils me donnaient des coups de pied dans le dos. Ils hurlaient : "Lève-toi ! Lève-toi ! Les bras en l'air !" Quand j'ai réussi à me relever, ils m'ont écarté les pieds, donné des coups dans les jambes pour que je tombe. Ils disaient : "Tu ne tiens pas debout ! Lève-toi !" Après, j'ai dû rester accroupi pendant des heures, sur la pointe des pieds.

Ils nous avaient mis dans une pièce, peut-être 200 hommes. Ils ont pris Hussein. C'est un Tchétchène de 25 ans qui vivait à Rostov-sur-le-Don [sud de la Russie] et qui était venu voir sa famille, à côté de chez nous. Il avait un beau survêtement avec une poche sur la poitrine. Ils lui ont dit : "C'est une poche pour mettre un téléphone pour communiquer avec Khatab [un chef de guerre, volontaire islamiste saoudien qui se battait du côté tchétchène]." Ils lui ont dit : "On va te passer Khatab au téléphone." Alors ils lui ont mis des électrodes sur les oreilles. Et un soldat masqué a tourné la poignée du générateur électrique. Hussein a hurlé. Il a fini par perdre connaissance. Ils l'ont laissé par terre. Pendant ce temps-là, les autres étaient tous les mains en l'air, contre le mur, les jambes écartées. Un soldat passait derrière nous. Un autre comptait : "Un, deux, trois." Et le soldat tapait alors le troisième homme à coups de crosse. Celui-ci s'effondrait par terre. Et ils recommençaient comme cela, cette espèce de jeu, jusqu'à ce que tout le monde y soit passé. Ils s'amusaient beaucoup. Ils appelaient : "Bassaev ! [du nom de Chamil Bassaev, célèbre chef de guerre tchétchène]. Bassaev, sortez !"

Ils ont appelé un vieux du village, Mayerbek, qui est un peu sourd. Il n'a pas entendu. Alors ils l'ont sorti dans la cour et ils l'ont battu avec une lame de suspension de tracteur. Ils lui ont ouvert le crâne. Ils nous insultaient. Ils nous traitaient de "lèche-culs des wahhabites". Ils nous disaient qu'on se faisait… par les wahhabites. Régulièrement les soldats venaient prendre un homme. Puis on entendait des cris horribles, des pleurs. Ils torturaient à l'électricité. D'autres soldats avaient des chiens. Certains d'entre nous revenaient avec des morsures plein les jambes. Quand je suis sorti, je pouvais à peine marcher. J'avais le corps couvert d'hématomes. "

Le témoignage de Malika, 25 ans, mère de trois enfants, réfugiée tchétchène en Ingouchie."Le 30 décembre, tôt le matin, des soldats russes masqués ont fait irruption dans ma maison, à Tsotsin Iourt. Mon mari s'était déjà réfugié ici, en Ingouchie. Les soldats russes ont contacté leurs chefs par radio pour leur dire qu'il n'y avait qu'une femme et des enfants. Les soldats ont reçu l'ordre de m'emmener. Ils ont aussi pris tout ce qu'ils pouvaient emporter. Le reste, ils l'ont cassé. Après, les Russes ont fait signer des papiers à tout le village comme quoi ce que les soldats avaient volé, c'était des cadeaux que nous leur avions fait pour le nouvel an.Mes enfants sont restés seuls à la maison, gardés par des soldats avec des chiens. Ils étaient terrifiés. Ils hurlaient. Le plus jeune était encore au sein. Comme je refusais de les laisser seuls, j'ai pris un coup de crosse de fusil dans le dos. Ils m'ont fait monter dans un 4x4 Ouaz. Il y avait un colonel moustachu, sans masque, mais qui ne s'est pas présenté. Ils m'ont emmenée à l'atelier de tracteurs. J'ai passé la journée enfermée dans la voiture, dans la cour de l'atelier. Ils ont même refusé de me donner à boire. Les hommes étaient détenus dans les bâtiments. J'ai vu des BTR [transport de troupes blindé sur roues] arriver. Les blindés et les 4x4 étaient sans plaques. Sur l'un des blindés, à la place du numéro d'identification, il y avait une inscription à la peinture blanche : "La Tchétchénie, c'est notre paradis."Dans l'atelier, tous les Russes étaient masqués sauf le colonel. Les Russes ont sorti des blindés des hommes du village, qu'ils jetaient par terre, qu'ils battaient à coups de crosse. A un moment, ils ont fait sortir un homme du bâtiment. C'était Cheik Ahmed, un jeune du village que je connaissais. Ils l'ont poussé contre un BTR. Ils ont posé sa main contre le blindé. Ils lui ont coupé trois doigts et les oreilles avec un couteau militaire. Il hurlait. Après ils l'ont emmené quelque part. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Le soir, leur chef, le colonel moustachu, est monté dans le 4x4. Il m'a demandé dans quelle maison habitaient les combattants [indépendantistes tchétchènes]. "Parle, si tu veux revoir tes enfants, m'a-t-il dit. Sinon on t'emmène à Tchernokozovo [un camp de détention du nord de la Tchétchénie]." Je pensais à mes enfants, à la maison, au petit qui avait faim.Le lendemain, le 31 janvier, les soldats russes sont arrivés avec une camionnette. Ils en ont sorti 23 corps. Huit hommes du village que je ne connaissais que de vue ont été allongés sur le sol. Les 15 autres corps ont été jetés en vrac. Ils m'ont fait sortir de la voiture. Ils voulaient que je reconnaisse les corps. Certains avaient été tués par balle, d'autres égorgés au couteau. Quand je leur ai dit que je ne connaissais personne, ils ont pris une hache. Puis ils ont commencé à couper les mains et les oreilles des cadavres pour voir comment je réagissais. Après, ils m'ont emmenée dans un bâtiment vide, une étable désaffectée. Ils m'ont dit que j'avais des mains calleuses parce que je portais les armes, que je combattais. Je leur ai dit que je m'occupais seulement de mon potager. Ils ont posé mes mains à plat sur la table, les ont frappées à coups de bâton. Ils m'ont remis dans le 4x4, dans la cour. Le chef moustachu est remonté et m'a dit : "C'est la dernière fois. Ou tu parles ou je t'envoie à Tchernokozovo dans un blindé. Et tu as de la chance si tu y arrives vivante. Parle, si tu veux revoir tes enfants." Je l'ai assuré que je ne savais rien. Finalement, ils m'ont laissée partir. Le lendemain, j'ai pris le bébé et je suis partie pour l'Ingouchie. "

Le témoignage de Jahita, 45 ans, réfugiée tchétchène en Ingouchie.

"C'était le 22 août 2001. Osop, mon fils aîné, a voulu aller à Grozny, où nous sommes enregistrés [système de la "propiska"]. Il voulait un nouveau passeport [intérieur]. Au début de la seconde guerre, en octobre 1999, nous habitions Grozny. Notre maison a été détruite dans les bombardements. Alors nous nous sommes réfugiés dans le village natal de mon mari, à Tsotsin Iourt. [A 20 kilomètres à l'est de Grozny, Tsotsin Iourt compte environ 12 000 habitants.] Je ne voulais pas qu'Osop parte seul. Alors son ami Aslambek, 25 ans, l'a accompagné. C'est mon fils qui conduisait notre Jigouli [voiture Lada].

C'est en rentrant à Tsotsin Iourt, vers 16 heures, à la sortie de Grozny, qu'ils ont entendu des tirs derrière eux, venus des buissons le long de la route. Osop a été touché. Une balle qui lui a traversé le cou. Les soldats russes se sont précipités vers la voiture. Ils ont sorti mon fils. Il perdait son sang. Il était en train de mourir. Les militaires russes l'ont jeté par terre. Ils l'ont battu. Aslambek, son ami, les suppliait de l'épargner. Il m'a dit qu'il avait même embrassé leurs bottes pour qu'ils acceptent de faire soigner la blessure. Mais au lieu d'écouter Aslambek, les militaires se moquaient de lui. Et ils le battaient, le battaient. De plus en plus. Ils étaient ivres. Quand mon fils est mort, les militaires ont mis son corps dans la Jigouli. Puis ils ont fait sauter la voiture à l'explosif.

Osop était un garçon gentil, très obéissant. Il n'a jamais participé au combat. Il faisait pousser des tomates, des concombres. Il bricolait dans les maisons. Il s'occupait de ses parents. Il nous aimait. Il s'était marié il y a quatre ans. Sa petite fille a maintenant 3 ans. Il avait 23 ans. Ce jour-là, c'était son anniversaire de mariage. Il avait dit à sa femme qu'il lui rapporterait des parfums de Grozny. Les Russes ont menacé Aslambek de mort s'il parlait. Lorsqu'on a retrouvé la voiture avec le corps d'Osop, la police a ouvert une enquête. Aslambek a témoigné. Un mois plus tard, des militaires masqués sont venus l'arrêter chez lui vers 5 heures du matin. On ne l'a plus jamais revu. L'enquêteur nous a dit que les responsables étaient d'une unité du GRU [les services secrets de l'armée russe]. Il nous a dit que si nous insistions pour qu'une enquête soit menée, le GRU se vengerait sur toute la famille. Alors mon mari a demandé la clôture de l'enquête.

J'ai peur. J'ai peur pour mon mari. J'ai peur pour le seul fils qu'il me reste, Salambek. Nous nous sommes réfugiés dans ce camp, en Ingouchie. Je ne veux pas que vous écriviez mon nom de famille. Sinon je sais qu'ils vont venir ici, la nuit, qu'ils vont me prendre mon dernier fils, qu'ils vont le tuer. ""

Publié dans sos-tchetchenie

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