Survivre à Groszny

Publié le par Theophile



 








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Une population privée de perspective . Que pouvons nous faire ?
En restant silencieusement hypocrite nous donnons raison à Poutine .

La RUSSIE siège au Conseil de l'Europe. C'est une honte pour nous, démocrates .

Commencée, il y a plus de 12 ans aujourd'hui, la deuxième guerre de Tchétchénie n'est pas terminée. Les 80 000 soldats et policiers russes n'ont pas mis au pas les rebelles tchétchènes. Au moins cent mille habitants ont fui leur pays pour se réfugier en Ingouchie. Incités à revenir chez eux, combien l'ont fait ? Comme Riamzan et Fatima, ils vivent sans perspective, la peur au ventre, dans un pays qui est toujours en guerre.



TOURBINA (de notre envoyée spéciale). ­ Dans cette banlieue de Grozny, la capitale tchétchène sous la botte des forces russes, Riamzan, 40 ans, et Fatima, 37 ans, se sont trouvé un petit « havre de paix » qu'ils partagent avec leurs quatre fils et leurs deux filles, après trois hivers passés en Ingouchie, la république voisine qui a accueilli plus de cent mille réfugiés en provenance de la Tchétchénie depuis le début du conflit, en octobre 1999. « Après avoir passé deux ans dans des wagons (un camp de réfugiés était organisé dans un train) et près d'un an sous des tentes, il nous a fallu quitter l'Ingouchie car les autorités ont exigé que nous cédions la place », explique Riamzan.

En mars dernier, un camp de 5 600 personnes installé dans un convoi ferroviaire stationné en Ingouchie a effectivement été démantelé. On a donné le « choix » aux réfugiés : accepter de vivre encore « momentanément » dans des tentes, ou rentrer chez eux, en Tchétchénie, où la guerre fait toujours rage et où les « zatchistki » (opérations de contrôle d'identité musclées) sèment la terreur. Hésitante, la famille Ibragimov a alors décidé de rester « encore un peu », le temps que la situation s'éclaircisse « au pays », c'est-à-dire à Grozny, où le père, Riamzan, se rend régulièrement pour se faire sa propre idée de l'évolution du conflit. Or il sait depuis longtemps que le bâtiment dans lequel était situé son appartement, près de la place de la Minoutka, dans le centre, a été réduit en poussière. Il a tout perdu, sauf son désir de « revenir ».

« On s'endort la peur au ventre »

Début mai, n'y tenant plus, Riamzan décide de faire rentrer sa famille, d'autant que sa soeur aînée et sa propre famille ont également pris cette décision un mois plus tôt, et se sont installés dans ce proche faubourg de la capitale. C'est d'ailleurs elle qui leur a trouvé cette masure au coin d'un chemin de terre, quittée à la hâte par ses propriétaires au début de la guerre et qui a miraculeusement échappé aux bombardements. « Nous sommes censés vivre ici moyennant un loyer dont nous ne connaissons même pas le montant », se plaint Fatima, « mais il paraît que notre propriétaire, qui habite désormais dans la région de Stavropol, va bientôt nous rendre visite pour évaluer cette somme. On espère qu'elle sera compréhensive, nous n'avons pas beaucoup d'argent... »

La « maison » est composée de deux chambres et d'une minuscule entrée, qui sert de cuisine et de salle de bain. Les parents occupent une pièce avec les plus petits, et les autres enfants s'entassent dans la seconde pièce, sur un divan convertible en face de la télévision, branchée en permanence sur les chaînes russes.

La joie d'être revenus « au pays » a été rapidement remplacée par la lucidité : « On nous avait évidemment promis monts et merveilles en nous faisant croire qu'ici à Grozny, la vie avait repris son cours normal, qu'on nous trouverait un logement et que nous n'avions pas à nous en faire. La réalité est bien plus triste : mon mari ne fait rien, il ne trouve pas de travail, mes enfants ne vont pas tous à l'école car il n'y a pas assez de place, et on s'endort tous les soirs la peur au ventre », avoue presque à contrecoeur Fatima, qui aurait voulu y croire. « Ce qui me désespère le plus, c'est que j'ai perdu trois ans de ma vie, et mes enfants également, et puis, exécuter tous les jours les mêmes tâches domestiques, c'est tuant à la fin, ce n'est pas une vie. On nous a privés de notre vie et nous ne rattraperons jamais ce temps perdu. »

« J'irais n'importe où même en Russie »

Le seul « avantage » que la famille Ibragimov trouve à son retour, c'est la fin de la promiscuité : dans le train, il avait fallu partager le quotidien avec treize familles, puis deux seulement sous les tentes, mais, dans la maisonnette de Tourbina, la maîtresse de maison ne cache pas sa joie à avoir récupéré quelque indépendance. Comment voit-elle le futur ? En rose, malgré les années d'angoisse, de privations et de destructions : « On aimerait pouvoir s'acheter un appartement, quand on aura mis un peu d'argent de côté. Mais, pour ça, il faudrait que mon mari en gagne. Il parle de « monter » à Moscou où il travaillerait comme agent de sécurité. C'est un ancien professeur de gym, après tout ! Moi, je quitterais bien la Tchétchénie définitivement, pour n'importe où, même la Russie. Je souhaiterais que mes enfants puissent faire des études convenables : ici, les écoles sont mauvaises, le niveau des instituteurs étant très bas. On ne peut pas leur en vouloir d'être également partis ! », raconte-t-elle en soupirant.

Publié dans sos-tchetchenie

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